Το Rue89 για την Ελλάδα

Grèce : une rébellion de la jeunesse liée à l'incurie de l’Etat


J'oscille entre la tristesse et la fierté, en regardant les images du soulèvement des jeunes grecs. Soulèvement totalement en dehors de la politique et que tous les partis ont du mal à récupérer. Cette journée du mercredi 10 décembre 2008 sera décisive: les partis d’opposition, la confédération des travailleur (GSEE) et la Centrale des employés du public (ADEDY) ont maintenu l’ordre de grève générale malgré l’appel à l’union nationale du Premier ministre.

Ce qui frappe le plus dans les manifestations de ce lundi à Athènes, c'est la participation massive des écoliers. Ce lundi, et surtout mardi, ils ont manifesté à Athènes et dans les villes de province en masse. Ils se sont réunis devant l’Assemblée nationale. Des jeunes couraient devant le bâtiment du ministère de l’Education et jetaient des ordures et des pierres au-dessus du mur d’enceinte. (Voir la vidéo)


Au moins dix succursales de banques ont été détruites, à Corfou, à Trikala, en Crète. Et même à Rhodes –incroyable-, des destructions et des émeutes ont suivi des rassemblements massifs.

Curieusement, aucun membre des forces de l’ordre, aucune voiture de pompier ne semble s’aventurer dans les rues des villes. Ces manifestations, suivies de violentes attaques de la part de jeunes décidés à en découdre, font suite à une nuit de cauchemar ou voitures et commerces ont flamblé.

Ces émeutiers en cagoule ont vite été appelés "jeunes", pire "jeunes anars" ou "anars-gauchos", alors qu’ils ne sont rien d’autre que des délinquants et n'ont probablement rien à voir ni avec les anars ni avec les jeunes manifestants.

Au-delà des saccages, je retiendrai cette image forte des gamins qui crient leur colère face au mensonge. Cette génération se réveille, pas nécessairement avec l’envie d’en découdre, mais avec une volonté de justice. A la télé, les jeunes demandant que le gouvernement arrête de mentir, que l’on punisse les assassins, qu’on arrête de nous pourrir la tête avec des mensonges. (Voir la vidéo, en anglais)


Ces manifs d'écoliers m'ont ému, surtout lorsque trois jeunes ont mimé la mort du jeune Alexis Grigoropoulos sur les marches du QG de la police nationale. Tous semblent conscients qu’il n’y a pas de changement sans dégâts, surtout face à un gouvernement autiste, plongé dans un immense scandale immobilier. Cette colère est aussi celle de l’exclusion économique d’une génération diplômée à grands frais et avec douleur (un diplôme s’acquiert après de nombreuses heures en frontistirio, écoles privées parallèles).

Comme Petros Markaris, je ne sais pas comment va évoluer la crise actuelle. Je ne peux que constater comme lui que:

"Les jeunes ont une énorme rage parce qu'ils se posent beaucoup de questions quant à leurs études, bouleversées par de multiples réformes, et leur avenir professionnel. Cette rage se traduit par des occupations régulières, chaque année, des écoles, des universités, et par les violences dans les stades. […]

"Ici, les jeunes pensent que le monde politique est gangrené par la corruption, les intrigues et les magouilles. Ils voient que toute la fange politique s'enrichit sans que cette richesse ne profite à la société. Ils sont persuadés que tous les scandales ne seront jamais punis. Leur mot d'ordre est 'tous pourris'. D'où leur violence."

Absence de référence politique

On peut s'étonner de l'absence de revendication politique. Mais c'est aussi le produit d'un système politique qui n'a rien à offrir. Car si tout le monde s'exaspère du plus mauvais gouvernement que la Grèce ait jamais connu, on rit ouvertement de l'incapacité de "Georgakis" -le petit Georges, Georges Papandréou, le patron mis à mal du Pasok. L'opposition socialiste ne propose en effet plus rien de crédible.

Pour un grec cinquantenaire comme moi qui a grandi pendant la période de la dictature (1967-1973) et pendant la "métapolitefsi" (le changement de régime), il est aussi étonnant d'écouter des petits commerçants qui ont voté autrefois pour la droite la plus dure aujourd'hui s'extasier pour Tsipras, la voix de l'attelage de gauche Syriza, qui rassemble écolos et d’Eurocommunistes ratés.

Deux aspects structuraux expliquent aussi la crise actuelle. D'abord l’absence d’expression politique pour la jeunesse en dehors des partis, qui est redoutable en Grèce car il n’y a pas de milieu associatif vivant.

Cette absence de milieu associatif ne poserait pas de problème, si par ailleurs, les partis reprenaient ces revendications nouvelles en main: l’Europe, l’écologie, l’éducation, l’emploi et surtout le plus grave et le plus important problème de ce pays, la lutte contre le système parallèle et la para-économie.

Seule reste donc la famille. Je connais de nombreux cas de jeunes qui, après avoir fini brillamment leurs études, continuent à travailler dans le business familial. Tel ce mathématicien, fils de pâtissier, que sa mère accompagne en Crète pour finir sa thèse de doctorat en maths et qui, une fois son diplôme en poche, retourne dans la boulangerie paternelle.

Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est une jeunesse mondialisée, entièrement européenne, peu politisée, peu religieuse, très tolérante sexuellement, consommatrice et contente de l'être, assez élégante, certainement plus jouisseuse -dans tous les sens du terme- que celle des pays plus à l’Ouest ou au Nord.

C'est une jeunesse qui est l’exact opposé de la génération précédente, des quadragénaires et quinquagénaires beaucoup plus politisés, assez conformistes dans leur comportement, consommateurs moyens, plutôt religieux et en quête désespérée de la reconnaissance dans le monde.

Ma génération parlait d'aller en Europe pour "voyager à l'étranger"; on ne disait jamais aller en France ou en Angleterre... On disait toujours "l'Europe", entité magique. Mais aujourd'hui ça y est: on est en Europe, on est européen on est dans l'euro.

Les jeunes se demandent maintenant: "Ok, ça y est. L'UE c'est un fait, on est dedans. Que nous apporte-t-elle?". Qui saura répondre à la question?

Une gravité sans précédent

L’étincelle de la crise elle-même est spécifique, liée au quartier de Exarcheia. Sans grand rapport ni avec la mondialisation ni avec le reste de la Grèce. Un quartier que le ministère de l’Intérieur a une volonté féroce de "nettoyer", augmentant les patrouilles de ces corps d’auxiliaires de la police. Les habitants du quartier, d’ailleurs, se plaignent plus souvent de la police que des "anarchistes".

Plusieurs de ces casseurs, enfin, sont là pour profiter du trouble. Ils sont juste des "koukouloforoi", terme commode pour désigner un ensemble, qui n’en est pas, de délinquants dont on n’est pas sûr qu’ils soient ni jeunes, ni authentiquement intéressés par la politique. Juste des délinquants.

La tolérance de la police vis-à-vis de ces gens est évidente. Le gouvernement tente de les assimiler aux anars pour justifier de la sorte son inaction et pour pouvoir se targuer de ne pas porter atteinte aux libertés.

Beaucoup d’étrangers se demandent si l’extrême tolérance du gouvernement n’est pas la cause de ces désordres, qui, à mon avis, n’étaient pas prévisibles, ni dans leur ampleur, ni dans le timing.

Quel sera l’avenir? Personne ne le sait. Pour l’instant, on se contentera de dire que ces jours ont transformé une des références politiques les plus anciennes de ce pays. Les Dékemvriana "évenements de Décembre", terme qui autrefois qualifiait le début de la guerre civile (1945-1949) signifiera aujourd’hui la rébellion étudiante.


>L'avocat des policiers attaqué en Grèce

Σχόλια